Les Mabos sont inclus dans ce qu’on appelle les Gnegnos au Sénégal. Amadou Moctar Mbow, ancien Directeur général de l’UNESCO, un Gnegno, a déclaré que nos ancêtres étaient les premiers peuples ingénieux de l’Afrique ancienne. Ils étaient les historiens et les reporters des événements ; ils ont composé les chansons et fait parler les tambours pour apaiser, encourager et rassembler les communautés. Ils fabriquaient des chaussures, des armes, des vêtements, du matériel agricole, etc. Ils n’étaient pas des Gnegnos par le sang ; ils étaient Gnegnos de profession et n’appartenaient jamais à personne, sauf à Dieu. Ils n’ont jamais été réduits en esclavage.
Baca Penda Kholé Ndiaye qui a été Bourba Djolof durant 41 ans (de 1670 à 1711) est le père de Guirane Maram Thiew, de Mbagne Fatim et de Guirane Penda Mabo. Ce dernier a donné toute la lignée des GUISSE du Djoloff.
En effet, Guirane Penda Mabo est le fils de Penda Mabo qui était une toucouleur venue du Fouta, plus précisément de Aïré-laaw avec son frère Guédel GUISSE qui était tisserand, et qui savait jouer aussi au tam-tam en tant que Mabo. Ils sont donc venus s’installer au Djoloff avec la permission du roi. Penda Mabo était très belle et très jeune. Sa beauté a attiré l’attention du bourba qui ne tarda pas à manifester des prétentions sur elle. Il décida de faire d’elle sa femme. Ce qui évidemment réjouis le frère Guédel car intégrer la famille du roi et un gage de sécurité sur tous les plans. C’est donc avec plaisir qu’il accorde au bourba sa bénédiction pour ce mariage en tant que tuteur responsable de sa jeune sœur. Le mariage est célébré et Penda Mabo rejoint son mari le bourba au niveau de la cours royale. Il faut dire que ce mariage ne faisait pas plaisir à tout le monde au sein de la famille royale parce que la fille était « castée », était gneegno. Elle n’était pas de leur condition. La question de caste au Sénégal et surtout dans le Djoloff de 17e siècle était très sérieuse et le bourba ne pouvait piétiner les traditions en épousant une roturière, sans conséquences. Mais le roi était déterminé. Les membres de la royauté qui étaient contre ce mariage, ont tout fait pour l’empêcher mais le roi ne les a pas écoutés. Finalement le mariage a été scellé. Un roi ne peut se laisser dicter sa conduite, ce serait de la faiblesse que de ne pas mettre en pratique ses propres décisions, surtout que ça n’ébranle pas les fondamentaux de l’Etat. Il faut dire qu’après le mariage, le frère Guédel Mabo Guissé est allé s’installé à Gouy gui au Saloum pour pratiquer son métier de tisserand.
Guirane Penda Mabo au Saloum Avec Penda Mabo Guissé: Le roi a eu un fils à qui il donna le nom de son père Guirane. On l’appelait donc Guirane Penda Mabo Ndiaye. A l’époque, il n’y avait pas beaucoup de Ndiaye dans le Djoloff comme aujourd’hui. Rappelons que le bourba Baca Penda Kholé n’était que le 18e roi depuis Ndiadiane Ndiaye et les Ndiaye étaient juste limités à la famille royale restreinte ou élargie ou même par alliance, mais est-il que les Ndiaye n’étaient pas si nombreux que ça. La naissance de Guirane Penda Mabo au sein de la famille royale ne manqua pas de poser beaucoup de problèmes car cet enfant de mère gneegno et qui portait le nom de Ndiaye, dérangé au plus haut niveau dans la famille royale restreinte mais aussi dans la famille élargie. Sa mère Penda Mabo n’a pas mis longtemps pour comprendre que son enfant n’était pas en sécurité au sein de la famille royale, entouré que par des gens qui ne lui souhaitaient pas vraiment une longue vie. Avec la permission du roi, elle décida d’éloigner l’enfant des yeux de la famille royale. Elle l’envoya chez son frère Guédel au Saloum. Guirane n’avait alors qu’environ de 2 ans. Là-bas, il grandit loin des siens et loin des privilèges royaux et des rivalités de toutes sortes qui ne manquent jamais dans une cour royale. Penda Mabo a ainsi réussi à faire oublier l’enfant, du moins pour un temps. Ses demi-frères ne l’ont donc pas connu et lui non plus ne les a pas connu. En grandissant dans un milieu casté de tisserands et de joueur de tam-tam, l’enfant Guirane Penda Mabo, le fils du tout puissant roi du Djoloff, a appris, en jouant avec les enfants castés de son âge, à jouer au tam-tam. Il a appris aussi le métier de tisserand avec son oncle. Ce fils du roi, n’aura donc appris rien des réalités de la royauté et pourtant l’âge adulte approchait et il se devait un jour de prendre sa place dans l’organisation et l’architecture royale en tant que fils du roi. Cependant, son oncle ne perdait aucune occasion pour lui rappeler qu’il était fils de roi et surtout de lui raconter les problèmes que son existence a créés parce qu’il était de mère castée et de père non seulement noble, mais en plus roi d’un puissant royaume. Donc l’enfant a grandi avec ces contradictions et ces contraintes qu’il a appris à surmonter mais aussi à utiliser à son avantage. Enfant, il ne manquait pas de rendre visite à sa mère et à son père, mais ne rester jamais longtemps à la cour royale. Les deux mondes qui se bousculaient en lui étaient si différents et si éloignés qu’il avait beaucoup de peines à trouver sa véritable place, d’autant plus que, le fait qu’il soit éduqué chez les castés et qu’il revendiquait ouvertement sa fierté d’avoir une mère castée, soit en jouant du tam-tam, soit en travaillant avec ses mains comme tisserand, n’arrangeait pas les choses, dans ses relations déjà très tendues avec ses demis frères et cousins de la famille royale.
Le retour de Guirane Penda Mabo au Djoloff: C’est à l’âge de 20 ans environ, que le jeune Guirane Penda Mabo décida de bousculer toutes les traditions et autres coutumes en vigueur au 17e, en décidant de rentrer définitivement chez son père, au milieu de la famille royale et de réclamer à qui veut l’entendre, tout ce qui lui est dû, c’est à dire, sa place auprès de son père le bourba Baca Penda Kholé. Et de quelle manière provocante, en faisant irruption sans crier gare, dans la cour royale avec toute une batterie de tam-tam dirigée par ses propres soins. Les gens n’en revenaient pas. Il resta là avec ses compagnons castés avec qui il a grandi, à battre le tam-tam assez longtemps pour que tout le monde soit alerté. Il s’en suit des querelles et bousculades monstres pour tenter de l’arrêter et de mettre un terme à cette provocation. Il fut ensuite reçu par son père qui en était plus amusé que contrarié. Il informa son père qu’il a décidé de rentrer et de prendre sa place auprès de lui. Son père l’écouta attentivement avant de lui demander le pourquoi de toute cette mise en scène puisqu’il s’avait que ses frères n’aimaient pas le voir jouer au tam-tam car tu es fils de roi après tout. Le jeune Guirane Penda qui était très décidé et avec beaucoup d’autorité pour son âge, dit à son père : « c’était juste pour vous montrer à vous bourba Djoloff, que je suis digne d’être ton fils, mais que je n’ai pas honte d’avoir une mère gneeno ». Son père fut impressionné par l’assurance et la fierté que son fils dégagé, mais était inquiet de la témérité de Guirane qui s’est ainsi mis à dos, presque toute l’aristocratie dans laquelle il comptait plus d’ennemis que d’amis. Son père le regardait en se demandant dans son for-intérieur si cet enfant était conscient des risques qu’il courait et du danger qui le guettait en agissant comme il a fait. Après un long entretien avec son fils en tête à tête, le roi accepta le retour de son fils à ses côtés et informa tout le monde que désormais Guirane Penda Mabo est rentré et qu’il restera à ses côtés. Il jouira ainsi de tous les privilèges qu’un fils de roi était en droit d’attendre. La joie du jeune Guirane et de ses compagnons se lisait sur leur visage, mais pas sur celle de sa mère qui savait que son fils risquait sa vie en était près du roi. Le retour du fils contesté du roi était sur toutes les lèvres. Son attitude ne manqua pas d’attirer sur lui la sympathie pour certains, mais aussi la haine pour d’autres, surtout du côté de ses frères. Ces derniers ne tarderont pas longtemps à comploter contre lui pour attenter à sa vie, car il leur faisait honte d’avoir un frère qui était de condition inférieur et par-dessus tout qui jouer au tam-tam publiquement. Leur père Baca Penda Kholé mis au courant de ce projet macabre, convoqua tous ces fils pour leur dire qu’il est au courant de ce qui se dit et de ce qui prépare contre Guirane Penda Mabo et qu’il désapprouvait fermement cela. Il leur expliqua que « tenter quelque chose en l’encontre de Guirane Penda, c’est tenter quelque chose contre moi, car si Guirane est ici aujourd’hui c’est parce que je l’ai voulu ». En effet, c’est lui qui avait décidé d’épouser sa mère tout en sachant ce que cela pourrait avoir comme conséquence. Le roi continue en disant « aujourd’hui tout le monde doit accepter la présence de Guirane dans la famille royale et surtout vous devez comprendre qu’il ne reniera jamais le fait que sa mère soit castée, car tout comme vous, il a en lui le sang royal qui fait qu’il restera toujours fier et digne ». Le roi terminera ses propos en demandant à chacun de ses enfants de venir saluer Guirane devant lui et de jurer devant tout le monde qu’il accepte son frère et qu’il lui reconnait le droit de revendiquer sa place au sein de la famille royale et de jouir de tous les privilèges dus à son rang de prince.
Guirane Penda Mabo et la bataille de Mbayenne Thiasdé: Quelques mois après, la bataille de Mbayenne Thiasdé au nord de l’actuelle ville de Dahra, éclata. Comme il est de tradition, lorsqu’une bataille éclatait tous les dignitaires du régime et leurs alliés se devaient, avant d’aller combattre, de passer devant le roi pour effectuer ce qui était appelé le «khass». C’était un évènement populaire qui se tenait devant toute la royauté et chacun devait passer devant le roi et devant le peuple, pour que les griots chantent tes exploits et ceux de tes pères, grands-pères et ancêtres lors des combats. Ensuite tu devras jurer devant le roi que tu combattras comme un lion et que tu donneras ta vie pour protéger le Djoloff. Nous reviendrons sur ces particularités plus tard pour en relater les raisons de ces pratiques et leurs importances. Toujours est-il que Guirane Penda Mabo, à l’instar de ses frères et cousins, se prépara pour aller combattre et défendre le trône de son père. Il était évident qu’il sera particulièrement observé devant cette épreuve et que sa véritable acceptation au sein de la famille royale dépendra fortement de son attitude au combat. Il le sait. Jusqu’à maintenant il a été seulement accepté car protégé par un père, mais maintenant il a l’occasion de gagner son droit d’être respecté pour son courage et son mérite et non pas seulement pour sa naissance royale. Il doit montrer sa valeur pour lui et surtout pour sa mère. Cependant, tout en se préparant, il prend soin de ne pas oublier son «tama» (petit tam-tam). Manifestement il compte partir en guerre avec ses 2 casquettes, celle de fils de Baca Penda Kholé mais aussi celle de neveu de Guédel Mabo. C’est un mabo-prince qui va en guerre pour devenir prince-mabo ; c’est la guerre de sa vie. Le jour J arriva, tôt le matin les guerriers galopèrent vers le champ de bataille avec leurs armes. Ce fut une bataille dure, longue et violente qui se solda par la victoire du Djoloff mais avec beaucoup de perte humaine comme c’est souvent le cas dans des batailles de ce genre où les hommes sont en contact direct. Mais ce qui est remarquable c’est que c’est le tama de Guirane Penda Mabo qui a donné le signal lorsque les hommes l’ont entendu battre le petit tam-tam. C’est donc lui qui chargea le premier dès qu’il eut fini de battre le tama, c’est ce qu’on appelait le Korté avant le combat, on y reviendra plus tard. Les autres le suivirent et il disparut dans la mêlée de poussières, de cris, de gémissement, de sabots et de hennissement de chevaux. Tout le monde fut impressionné par son courage et sa bravoure. Il parvient même a sauvé un de ses frères d’une mort certaine s’il n’avait pas tué l’adversaire qui le tenait en respect avec son sabre. Le frère couché par terre ne verra qu’une lance transpercer celui qui a failli le tué et qui se tenait debout sur lui. Le temps de se retourner Guirane était déjà descendu de cheval pour récupérer sa lance qui était restée plantée dans la poitrine de l’homme. Il releva son frère, ils se regardèrent assez longuement sans mot dire avant de se remettre dans la bataille avec encore plus de férocité. Ce n’est qu’au tombé de la nuit que les adversaires battirent en retraite ce qui sonna la victoire. Il n’était pas nécessaire de les poursuivre car même les victorieux étaient blessés, trop diminués et trop affaiblis pour se lancer dans une poursuite. A leur retour ils furent accueillis par toute la ville. Les larmes de joie se mélangeaient aux larmes de tristesse de ceux qui ont perdu un père, un frère ou un mari. Les blessés avaient pris place sur ce qui restait des montures. Les griots qui les accompagnaient sur le champ de bataille chantaient et battaient les tam-tams pour mettre en exergue tel ou tel exploit de tel ou tel guerrier ou famille. Devant le roi, les griots ne tarissaient pas d’éloges à l’endroit de Guirane Penda Mabo et de ses frères. Les frères racontèrent à leur père la bravoure avec laquelle Guirane Penda Mabo s’était battu à Mbayenne et comment il a sauvé l’un deux qui était tombé de cheval. Il leur dit alors : un homme valeureux comme lui, il valait mieux l’avoir à ses côtés. La fête fut belle et durera toute la nuit et tout le jour suivant. La mère Penda Mabo était très fière de son fils qui bénéficiait maintenant de tout le respect qui lui était dû et par la même occasion de tout le respect qu’on lui devait à elle aussi. Ses blessures étaient superficielles et ne suscita pas d’inquiétude de la part de sa mère qui ne voulait montrer devant les gens aucune faiblesse.
Le mariage de Guirane Penda Mabo: Cet objectif atteint, quelques mois après, Guirane Penda décida de se marier. Un jour, il réunit tous ses frères devant le roi pour leur dire, « j’ai décidé de me marier mais je voudrais prendre une femme gneegno comme ma mère. Je pense que je n’ai plus rien à prouver en tant que fils de roi. Cependant, devant le roi, je voudrais que tout le monde sache que je suis fier de ma mère et j’ai décidé de porter dès aujourd’hui le nom de Guissé pour l’honorer et faire prospérer ainsi le nom de ma mère dans le Djoloff tout entier. Cependant je ne renonce à aucun de mes privilèges en tant que fils de roi. Tout ce qui reviendra à vous à vos descendants, reviendra aussi à moi et à ma descendance». Ses frères acceptèrent tous et lui témoignèrent devant leur père leur haute considération. C’est ainsi qu‘il devint Guirane Penda Mabo GUISSE. Ses frères organisèrent alors pour lui une grande cérémonie à travers tout le Djoloff pour lui trouver une épouse. L’information fît rapidement le tour du Djoloff comme quoi, le fils du roi Guirane Penda Mabo a décidé de porter le nom de sa mère et maintenant il compte épouser une femme gneegno. Toutes les jeunes filles gneegno en âge de se marier dans tout le Djoloff espéraient être l’heureuse élue. A l’époque, dans des pareils cas, l’homme devra parcourir tout le pays à la recherche de la perle rare. Partout où il passait, les plus belles filles étaient rassemblées avec chacune tenant entre ses deux mains un « mbatu » (récipient pour boire de l’eau issu du fruit d’une plante de cucurbitacée qui de la même famille que le concombre). Le mbatu que l’homme choisira signifiera qu’il a choisi la jeune fille qui le tenait. Accompagné de ses frères et d’une forte délégation de la cour royale, des griots qui chantaient et montés sur des chevaux, ils allèrent de Pass à Mouye en passant par Bakhal jusqu‘à Mboynan, où il choisira finalement Biramdjiguène Athie en acceptant son « Mbatu » pour boire de son eau. Biramdjiguène Athie est la fille de Gora Wouly qui est le fils de Djoth Samba Ndella Khaïta lui-même fils de Mame Ngalla Ngatam Coumé. C’était la fête à Mboynan, une de leur fille va être épousée par un fils de roi. Le mariage fut célébré en grande pomme de Mboynan à Yang-Yang. Biramdjiguène Athie rejoindra son mari à Yang-Yang. Avec elle, Guirane Penda Mabo Guissé eût beaucoup d’enfants dont les plus connus, Banga Biramdjiguène et Baba Biramdjiguène. Après Biramdjiguène Athie, Guirane Penda Mabo épousa aussi Lat Djiguène Seck à Warkhokh avec qui il aura Guirane Demba Latdjiguène.